05 octobre 2008

au pied des nuages

  je recueillais ton sourire

               au bord d'une feuille

                           tes lèvres mutines

13 septembre 2008

quatre Boeings croisés

        dans ciel ce matin

                sous couette chaude

                        avant le réveil

07 septembre 2008

       moteur  en  panne

                                    batterie vide

envoyer message capitainerie

            retard probable de la mort

26 août 2008

   piqué sur       vaisseau

face à la mer

         monte      deuil blanc

                     travail à faire

19 août 2008

longue mécanique à huile

              vertical   horizontal

       prise photo             cadre

                        posée sur bureau coin souvenir

15 août 2008

   pointe neuve

              crayon ciselé

nez d'étourneau en bois de fumé

11 août 2008

   de ma fenêtre luit       une fenêtre   sombre

                                en face

                                            tard dans la nuit

                                             un vent bruit

                                  pile

                                 en face

un   sac   plastique   froissé   dans   les   arbres

06 août 2008

     la nuit

dans ma main

              est un verre dans lequel je bois les étoiles

04 août 2008

                                                                            A ma mère

       après les dieux

              nous ne cueillerons plus de lumières

                               qu'au coeur des cailloux

                                                        forçats

la main               privée

   

                   d'éclat

08 mai 2008

Sur de vagues airs de lauze, le ciel berce un nid aux oiseaux qui fume de sa chaude couleur surtout la saison des neiges tandis que des feuilles d’or vacillent au flanc de la montagne.

25 avril 2008

Le fait est que la fiction ne m’étonne plus, ou dans un sens ou dans un autre, qu’elle réduit la perspective de vivre par le fond. Avant, après la fiction, nul n’habite notre esprit (même le symbole). Le document présente, au contraire, le double avantage, de surprendre (plus ou moins) et de substituer l’original au modèle. Le documentaire ouvre seul les portes de l’imagination.

15 avril 2008

La poésie se définit provisoirement et successivement comme une information déformée et révolutionnaire, car j’informe de et par mon expérience seule et universelle, je déforme cette langue en ma langue, et de là suit l’impossibilité de tout retour en arrière (également intradermo-réaction).

11 avril 2008

J’appuie ma langue sur des structures humaines, le matin, aux pointes rougies par le sommeil, pour faire d’un amas de cendres ma nouvelle nuit. (J’ai besoin de leurs os.) Je plonge ma tête dans ce charnier de fièvre, le matin au réveil, laissant sur le progrès ma bave en spirales.

06 avril 2008

Etang de marbre noir, je fus dans l’encre opaque comme un poisson dans l’eau, monstre marin, noyeur de navires, que l’industrie des hommes amenait à mourir, entre mes bras, authentiques indiens fiers de leur nature (barbares sereins comme des enfants).

01 avril 2008

(Jamais l’homme ne résout l’angoisse qui le constitue), jamais le bien ne lui ôte la vue.

30 mars 2008

Dessus les longs nuages j’ai vu naître une montagne d’Amérique, si haute, si jeune, si claire, que j’ai tendu la main pour la prendre, au mot si je puis dire, et je suis allé vers ses flancs me connaissant déjà,   chaude ; tu es si douce, belle animale, que je viens à toi en géant, en invisible amoureux, faire, faire ce que l’on n’entend pas, tout bas, ce moment de beauté.

27 mars 2008

Les nuits, les lucarnes froides des taudis sont laides où s’imaginent de vieilles femmes tenant encore à peau de chienne des casseroles cireuses, récipients de soupe faite à noyer l’œil comme un mal, venu par-là finir son reste. Rien ne sort de l’ampoule qu’une scie droite qui ferme la chair à grands coups de louche et les murs s’éclaboussent du jaune à l’olive, vitreux comme une herbe. J’entends, j’entends la savate parler comme une lèpre sale, et le couteau crispe ma main, assis dans la cuisine, prêt à lui régler son compte.

24 mars 2008

De ma fenêtre la lune brille, blanche et ronde comme une enclume, et quatre traces de doigt marquent le cinquième au moment où je la ferme. (Elle ne m’a pas encore écrit.)

23 mars 2008

Les femmes attendent la neige à la croisée, assises sur un banc de chêne, tandis que les hommes rentrent au son du glas. C’est l’heure de tenir près de l’âtre sa maison de pierre, avant le cœur du silence.

22 mars 2008

Sur les lacs indélébiles de mon esprit stagnent des taches nauséeuses que ma tête ne parvient pas à lire malgré ma forte inclinaison. Pourtant je penche à croire que toute vertu est bonne, assimilée à un grain de sable, qui donne à lire ces nuages céphaliques. Je ne maintiens pas qu’il faille un peu de revirement brutal pour arriver au point que l’on souhaite ouvert, mais s’il est un terrain ardu du dehors, c’est bien celui inscrit dans le ciel noir, toujours à l’affliction.

20 mars 2008

La pluie s’essuie, des gouttes se lassent, de points à points, au-dessus des tapis de douces humeurs de fatigue bleue. Ciel, nettoie cette glace, que son teint me pardonne de ma longue paresse de ce jour sans fin. Je trace sur la petite ardoise ma figure absente dans la couleur du toit. Je ferme ma main sur la craie et range mon sac.

16 mars 2008

Je cherche ce soir à marcher plus loin, à porter le feu jusque dans leur tête, à nuire jusqu’à ( ) que leur souffle meurt.

14 mars 2008

Eros escalade ma colonne vertébrale, un insecte noir, pour finir à l’angle de ma nuque (tressée) en totem barbare riant à pleines dents, et tranche comme une herbe ma règle animale qui servait jusque-là aux dessins de mon être. Il tord au plaisir mes droites passées sur lesquelles j’avançais bien péniblement pour faire de l’idée l’invincible nature. Je ne suis plus maintenant qu’un jouet que l’on trouve aux détours des mares comme un cri que portent les nez pointus des files au chemin de la croix.

12 mars 2008

 

Les couloirs des longues femmes du rêve tracent les fils d’Ariane qui nouent la tête solaire du Minotaure à la terre. Sa masse coule dans les veines des courtisanes. Quand la musique du luth silencieux suit la procession du bain. Les libations coupent alors le lien du pêché.

10 mars 2008

Derrière le voile, le ciel m’observe d’une aile noire, et je ferme les yeux sur l’oreiller comme un enfant.

08 mars 2008

Pour qui aurait envie d’évaluer le coût de ce journal, seize francs cinquante lui dirais-je, le prix encore au crayon écrit sur la première page.

07 mars 2008

L’escargot écoute par la fenêtre un château de cartes tomber quand le poêle pénètre sa maison d’une chaleur indolente. Il nourrit sa langueur d’une étude longue des gestes de son temple que son temple affecte de prendre. Au moment où passe devant ses cornes l’effroyable nuit qui hante son sommeil, il porte en avant son espace pour échapper à la douleur du soir. Et meurt comme une bête face à la lune.

05 mars 2008

Un automne neuf laisse souvent émerger des gouttes de croix que le poète n’ose prendre pour argent trébuchant. Ces faces de ciel noyant les champs, les écoles, les routes, n’ont pour valeur que leur forme géométrique, et le poète même aveuglé par le bruit n’entend plus alors la profonde pensée et tombe des nues sur ces gouttes de croix comme un charbon ardent cassé du sommeil.

01 mars 2008

Un verre bien propre nous mena l’autre jour au temps du dehors dans une glace bien propre, rivée au mur, qui montrait une aiguille à prendre le train. Sur le col des chaises se posaient des lumières, disparues depuis, pour aller à la gare suivre le cours des idées de la ville. Au radiateur restait comme unique soldat un gros chat touffu nous tournant le dos puisqu’il savait que nous n’étions pas là. Sa maîtresse d’ailleurs, d’un commun accord, nous abandonna (à notre sombre sort) laissant derrière elle la fameuse pelote, et l’aiguille tournée vers le comptoir d’inox où les cartes montraient ostensiblement un jeu sans surprise. Nous les aurions brûlés, ces lieux sans image, mais pour finir en cendres, il n’en était pas question.

28 février 2008

Car contre l’orage, nous nous abattions comme des mâts sur un grain, et l’herbe nous abandonnait à ce puits. Nos visages d’ogres entraient dans nos cols et nous marchions droit, près à griffer de nos doigts, la marche ultime du calvaire.

26 janvier 2008

Il me paraît improbable de franchir mes textes une deuxième fois sans les abîmer, c’est-à-dire sans les dénaturer, car toute correction est un luxe de l’esprit s’affranchissant de l’instant, et le temps l’ennemi de l’éternité.

13 janvier 2008

A-peu-près toute chose porte sur elle deux globes obscurs, l’un nageant vers le bas avec grande difficulté, l’autre tournant sur lui-même sans se reconnaître, et se développe pareil à l’antique cyclope incapable de voir. De cette anomalie que la nature juge acquise, dérive les mal-êtres et l’ignorance des choses qui portent sur elle-même des regards entendus que l’on comprend à peine.

06 janvier 2008

Loin d’être un artisan de peu de sens, l’homme ouvre la pierre sous un angle précis à sa manière d’être. Ainsi assouplit-il son geste en habile ouvrier, et frappe l’angle qui laisse le bloc à nu paraître comme son image. Le fragment porteur de marques indélébiles et naturelles est alors comme son âme, un complément de pluie porté à la terre.

01 janvier 2008

Peut-être sondons-nous toujours plus profondément nos corps enfantins afin de mieux souffrir.

28 décembre 2007

Trop vite la scène tourne mal quand le magicien tire l’univers de son chapeau ; le lapin lui mord la main. Le mystificateur, au contraire, n’hôte rien du spectacle pour un public averti, car l’intérêt ne naît pas de l’incroyable mais sort de l’ordinaire, et la beauté ne tient pas au mensonge comme à la vérité.

27 décembre 2007

A vau-l’eau passent les saisons et meurent en riant, et je bats ce spectacle d’un pied vieillissant qui finit ce soir par le chagrin.

24 décembre 2007

J’ai inscrit mon histoire dans le sol comme un arbre, tourné la tête et baissé les bras.

21 décembre 2007

Face_c

D’une lune à l’autre, j’ai acquis la force des yeux vides pendant que mon amour dormait. Un jour, j’ai relevé la tête, sans mon regard, et les hommes ont eu peur ; je n’étais plus de ceux qui volent leur face. Mon cerveau paraissait à travers mes orbites.

15 décembre 2007

En comptant les allumettes qui restaient à ma boîte, je vis une chose étrange, mon être s’épuisait en silences, je veux dire, qu’il tenait tel un diamant sur ses feux, lisse et miroitant ; à partir de là, je n’ai plus tenté d’atteindre l’eau pour peindre mon ardeur de beauté, j’ai laissé filer comme ça, tout simplement.

12 décembre 2007

C’est une paix froide qui coule sur ces murs comme un glacis de mains écorchées ; c’est une âme chaude en ce cœur carré comme une pièce d’argent que d’autres occupèrent ; c’est un mat de cocagne porté dans la terre jusqu’à la pierre, jusqu’à ce qu’elle pleure.
       Allons, mon frère, il est temps de partir, nos ombres s’éloignent, le ciel se tait ; ne te retourne pas, regarde la lumière ; peut-être ce soir pourrons-nous l’atteindre, peut-être ce soir, avant qu’elle ne tombe.

09 décembre 2007

Le bonheur est à-peu-près insupportable à l’homme normal, il l’adore ou le méprise, dans tous les cas, participe au jugement du Fils.

05 décembre 2007

Face_a

       J’ai rencontré Satan au visage jaune qui m’a rappelé mon horrible contrat, l’immortalité en échange d’un cœur pur offert aux animaux de son règne.

30 novembre 2007

Sous le mot de musique que l’on accorde volontiers à la poésie, se cache le plus souvent le terme de mélodie, mais aujourd’hui et dans notre monde, l’œuvre s’accomplit dans l’atonalité, seule forme possible du reflet de la nouvelle modernité.

24 novembre 2007

Aucun terme n’est impropre en poésie, car la poésie n’est d’aucun pays grammaticalement liée, la poésie renverse un régime d’habitudes pour son simple plaisir et établit pour son règne la seule force d’une langue.

18 novembre 2007

Toussaint_en_quercy_047

       Dire les choses telles qu’elles sont demeure une utopie et ne relève d’aucune poésie. Nous gagnons vite à laisser le mot économe de pensée pour être au plus juste près de soi. Une phrase claire coule trop vite pour le reflet de notre visage, et s’étire trop vite en un long calme plat. Seule la source qui fracasse le roc, propulse la matière haut dans le ciel et maintient l’univers une seconde en suspens avant que tout ne retombe dans un terrible silence.

14 novembre 2007

Ma langue cingle ma chair qu’elle laisse ouverte sans plus de sel. Faut-il souffrir ce faire brisant ma conscience qui fuit son jugement, arrêter cet élan de mon corps qui s’enchaîne ? Que puis-je faire pour ne pas finir par moi-même, étouffé de lettres trop vite jetées ?

11 novembre 2007

A quelque songe d’un matin de poème, une anthologie sur les pieds, je plonge dans l’eau froide. Ma tête me fait mal dans ce lieu différent et je ne comprends pas. Je marche à rebours pour ne pas voir la question, de la nécessité d’être riche ou pauvre.

08 novembre 2007

Toussaint_en_quercy_058

       Une langue de feuilles lève mon soulier dans l’ombre où je t’accompagne ; j’écarte ce froid qui me serre la gorge d’une main plus que blanche ; j’essuie la sueur de mon front et murmure ton nom dans la glace ; j’allonge le pas pour éviter de trembler (ma tête me fait mal). Il n’y a rien dans ces arbres que le trait d’une prison. La porte claque et souffle mon regard. J’écoute ma parole, seule, en ton nom qui résonne…

06 novembre 2007

J’éprouve l’histoire comme une ligne brisée sur le papier, me contournant, qui divise ma mémoire en morceaux de même nature jusqu’aujourd’hui. J’ouvre sur cette ligne l’espace de mon acte antérieur qui se reproduit de même. Je comprends qu’il ne m’est plus utile de savoir ce moment si long. Je tourne la tête vers le présent.
Maintenant

25 octobre 2007

Nous sommes du bord des gens de peu, la figure tendre de nos nuits se grave dans le pain, nous sommes le cœur du peuple, nous sommes demain. Un enfant nous regarde et nous ne pouvons rien, notre main fatale se crispe sur nos os et nous baissons la tête pour avancer.

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Mots de côté

  • Un nouvel horizon sonore un nouvel horizon de papier
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